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Site carrière : définition, avantages et rôle clé dans le recrutement des PME en 2026

par Sylvain | Fév 3, 2026 | Actualités Logiciel RH, Logiciel / Fonctions

Le 27 juillet 2026, le Digital Omnibus sur l'IA est entré en vigueur et a repoussé de seize mois les obligations les plus lourdes de l'AI Act sur les systèmes d'IA à haut risque , dont ceux utilisés pour recruter.

Beaucoup de services RH y ont vu un répit. C'est une lecture dangereuse : plusieurs obligations restent dues dès le 2 août 2026, certaines pratiques sont déjà interdites depuis février 2025, et la CNIL a fait du recrutement l'une de ses trois priorités de contrôle pour 2026.

Voici ce que vous devez réellement faire, et quand.

L'essentiel en 30 secondes

  • Le recrutement assisté par IA est classé « à haut risque » par l'AI Act (annexe III, point 4).
  • Le Digital Omnibus reporte ces obligations du 2 août 2026 au 2 décembre 2027.
  • Les obligations de transparence (chatbots, contenus générés par IA) restent applicables au 2 août 2026.
  • La détection des émotions en entretien est interdite depuis le 2 février 2025 — sans report.
  • Le RGPD et le Code du travail français vous obligent déjà, indépendamment de l'AI Act.
  • La CNIL contrôle le recrutement en priorité en 2026.

AI Act : de quoi parle-t-on quand on recrute ?

Une réglementation qui classe les usages, pas les technologies

Le règlement européen sur l'intelligence artificielle (Règlement UE 2024/1689, dit « AI Act ») est entré en vigueur le 1er août 2024. Il ne réglemente pas « l'IA » en bloc : il classe chaque usage selon son niveau de risque pour les droits des personnes. Quatre niveaux : risque inacceptable (pratiques interdites), haut risque (obligations lourdes), risque limité (obligations de transparence) et risque minimal (aucune obligation spécifique).

Concrètement, le même outil peut être hors périmètre ou à haut risque selon ce que vous en faites. Un générateur de texte qui rédige une annonce d'emploi n'est pas dans la même catégorie qu'un moteur qui note et classe automatiquement vos candidats.

Pourquoi le recrutement est classé « à haut risque »

L'annexe III du règlement liste huit domaines à haut risque. Le point 4 vise explicitement l'emploi, la gestion de la main-d'œuvre et l'accès à l'emploi indépendant. Sont concernés :

  • la diffusion ciblée d'offres d'emploi ;
  • l'analyse et le filtrage des candidatures ;
  • l'évaluation et le scoring des candidats lors de la sélection ;
  • les décisions de promotion, d'attribution de tâches ou de rupture du contrat ;
  • le suivi et l'évaluation des performances et du comportement des salariés.

La logique du législateur est simple : ces systèmes décident de l'accès à un revenu et à une carrière. Une erreur de modèle ou un biais d'apprentissage n'a pas les mêmes conséquences qu'une recommandation de série télé. Nous l'évoquions déjà à propos du filtrage anonyme et du recrutement équitable.

Digital Omnibus : ce qui a changé le 27 juillet 2026

Après un accord en trilogue au printemps 2026 et le feu vert final du Conseil de l'UE le 29 juin, le « Digital Omnibus sur l'IA » a été publié au Journal officiel de l'Union européenne le 24 juillet 2026 et est entré en vigueur le 27 juillet 2026. Son effet principal pour les RH : décaler l'entrée en application du régime « haut risque ».

Le nouveau calendrier

Échéance

Ce qui s'applique

Impact RH

2 février 2025

Pratiques interdites (art. 5) + obligation de compétences en IA (art. 4)

Déjà applicable. Concerne notamment la détection des émotions en entretien.

2 août 2025

Obligations des modèles d'IA à usage général (GPAI), sanctions

Concerne vos fournisseurs plus que vous.

2 août 2026

Obligations de transparence (art. 50)

Chatbot de préqualification, contenus générés par IA : à traiter maintenant.

2 décembre 2026

Fin de la période de grâce pour le marquage des contenus déjà sur le marché

Annonces et messages générés par IA.

2 décembre 2027

Systèmes à haut risque de l'annexe III — dont le recrutement

Nouvelle date de conformité (au lieu du 2 août 2026).

2 août 2028

IA intégrée à des produits déjà réglementés (annexe I)

Peu concerné en RH.

 

Ce qui reste dû au 2 août 2026, malgré le report

Le report ne concerne que le régime « haut risque ». Trois blocs restent en place, et ils touchent directement les équipes de recrutement.

  • Transparence (article 50). Si un candidat échange avec un chatbot de préqualification sur votre site carrière, il doit savoir qu'il parle à une machine. Les contenus synthétiques générés ou modifiés par IA doivent être marqués de façon lisible par machine.
  • Pratiques interdites (article 5). Applicables depuis le 2 février 2025, sans aucun report. Le point (f) interdit les systèmes d'IA visant à déduire les émotions d'une personne sur le lieu de travail et dans l'enseignement, sauf pour des raisons médicales ou de sécurité. Un outil d'entretien vidéo différé qui analyse les micro-expressions, le ton de la voix ou le « niveau d'enthousiasme » d'un candidat tombe sous cette interdiction.
  • Compétences en IA (article 4). Vous devez soutenir la montée en compétences des personnes qui utilisent ces systèmes. L'Omnibus a assoupli la formulation : il s'agit désormais d'une obligation de moyens documentée, pas d'une garantie de niveau individuel.

Attention aux sanctions

  • Jusqu'à 35 M€ ou 7 % du chiffre d'affaires mondial annuel pour les pratiques interdites de l'article 5.
  • Jusqu'à 15 M€ ou 3 % du chiffre d'affaires mondial pour les autres manquements.
  • Ces plafonds s'ajoutent aux sanctions RGPD, qui restent pleinement applicables.

Vos obligations concrètes en tant qu'employeur

Dans le vocabulaire du règlement, vous n'êtes pas « fournisseur » (celui qui développe et met sur le marché le système) mais « déployeur » : celui qui l'utilise sous sa propre autorité. Les obligations du déployeur, prévues à l'article 26, sont nettement plus légères que celles du fournisseur — mais elles ne sont pas nulles. Elles s'appliqueront au 2 décembre 2027.

1. Une supervision humaine réelle, pas symbolique

Vous devez confier la supervision du système à des personnes disposant de la compétence, de la formation et de l'autorité nécessaires. Autrement dit : un recruteur capable de comprendre pourquoi un profil a été classé en bas de liste, et légitime pour passer outre. Une case « validé par un humain » cochée à la chaîne sur 300 candidatures ne constitue pas une supervision.

2. Des données d'entrée pertinentes

Quand vous maîtrisez les données que vous injectez dans le système — critères de matching, historique de vos recrutements passés, description de poste —, vous devez veiller à ce qu'elles soient pertinentes et suffisamment représentatives au regard de la finalité. C'est le point le plus sous-estimé : un moteur entraîné sur dix ans d'embauches homogènes reproduira cette homogénéité.

3. La conservation des journaux

Les logs générés automatiquement par le système doivent être conservés au moins six mois, sauf obligation légale contraire. En pratique, cela suppose que votre outil trace qui a consulté quoi, quand, et quelle recommandation a été produite — un point à vérifier au moment de choisir votre ATS.

4. L'information des salariés et de leurs représentants

L'article 26 §7 est explicite : avant de mettre en service un système d'IA à haut risque sur le lieu de travail, l'employeur informe les représentants du personnel et les travailleurs concernés qu'ils y seront soumis. En France, cette obligation se superpose à celles du Code du travail, que nous détaillons plus bas.

5. Le droit à l'explication

L'article 86 donne à toute personne faisant l'objet d'une décision individuelle fondée sur un système à haut risque de l'annexe III le droit d'obtenir des explications claires sur le rôle du système dans la décision et sur les principaux éléments qui l'ont déterminée. Traduction pour un candidat écarté : « pourquoi moi ? » devient une question à laquelle vous devrez pouvoir répondre.

6. L'analyse d'impact sur les droits fondamentaux (FRIA)

Prévue à l'article 27, elle ne concerne pas tous les employeurs. Elle s'impose aux organismes de droit public, aux entités privées fournissant des services publics, et à certains secteurs comme le crédit et l'assurance. Une collectivité territoriale ou un établissement de santé public qui recrute avec un outil de scoring est donc concerné ; une PME privée ne l'est pas au titre de l'article 27 — mais elle reste soumise à l'analyse d'impact RGPD.

Ce que le droit français vous impose déjà, AI Act ou pas

C'est le point que le report du 2 décembre 2027 fait oublier : trois textes français et européens s'appliquent depuis longtemps et couvrent une grande partie du sujet.

Texte

Ce qu'il impose

Traduction opérationnelle

Art. L1221-8 Code du travail

Le candidat est expressément informé, préalablement à leur mise en œuvre, des méthodes et techniques d'aide au recrutement utilisées à son égard. Ces méthodes doivent être pertinentes au regard de la finalité poursuivie.

Mentionnez l'usage d'un outil de matching ou de scoring dans l'offre d'emploi et dans le formulaire de candidature.

Art. L1221-9 Code du travail

Aucune information concernant personnellement un candidat ne peut être collectée par un dispositif qui n'a pas été porté préalablement à sa connaissance.

Pas d'analyse silencieuse des profils publics, du temps passé sur le formulaire ou de la vidéo.

Art. L2312-38 Code du travail

Le CSE est informé, préalablement à leur utilisation, sur les méthodes ou techniques d'aide au recrutement et sur toute modification de celles-ci.

Inscrivez le déploiement de l'IA de tri à l'ordre du jour du CSE — avant, pas après.

Art. 22 RGPD

Encadrement des décisions entièrement automatisées produisant des effets significatifs.

Un rejet automatique de candidature sans intervention humaine est à proscrire. L'IA priorise, l'humain décide.

Art. 35 RGPD

Analyse d'impact relative à la protection des données pour les traitements à risque élevé.

Une AIPD est attendue dès lors que vous évaluez systématiquement des candidats par un algorithme.

 

Et la CNIL n'attend pas 2027

Le 3 avril 2026, la CNIL a annoncé ses thématiques prioritaires de contrôle pour l'année : le recrutement en fait partie. Ses points de vigilance annoncés sont les décisions automatisées, l'information des candidats et les durées de conservation. Elle vise en priorité les grandes entreprises et les cabinets de recrutement, en raison des volumes traités — et précise que cette campagne préfigure ses futures attributions d'autorité de surveillance du marché au titre du règlement sur l'IA dans le champ de l'emploi. Autrement dit : le contrôleur de demain se met en place aujourd'hui. Pour les fondamentaux, relisez notre guide RGPD et recrutement.

Les 5 erreurs les plus fréquentes des services RH

  • Croire que le report annule tout. La transparence, les interdictions et le RGPD restent applicables. Seul le régime « haut risque » est décalé.
  • Ignorer les outils « périphériques ». Extension de sourcing, plugin de scoring dans un tableur, assistant conversationnel sur le site carrière : ces briques comptent autant que l'ATS principal.
  • Confondre validation humaine et supervision. Valider en masse les propositions d'un algorithme sans pouvoir les expliquer, c'est de l'automatisation déguisée.
  • Oublier le CSE. L'information préalable est une obligation autonome, sanctionnable indépendamment du RGPD et de l'AI Act.
  • Ne pas savoir où sont les données. Si votre outil de matching envoie les CV vers un modèle hébergé hors UE, le sujet devient aussi un sujet de transfert de données.

Votre plan d'action en 6 étapes d'ici décembre 2027

  1. Cartographiez vos usages d'IA (T3 2026). Listez tous les outils qui touchent une candidature, y compris ceux adoptés par un manager sans passer par la DSI. Notez pour chacun : éditeur, finalité, données traitées, hébergement.
  2. Traitez la transparence tout de suite (avant le 2 août 2026). Mention visible sur tout chatbot candidat, marquage des contenus générés par IA, mise à jour de votre politique de confidentialité recrutement.
  3. Éliminez les usages interdits (immédiat). Désactivez toute fonction d'analyse émotionnelle, de scoring de « personnalité » par la voix ou le visage, ou de détection de stress en entretien.
  4. Mettez à jour vos documents candidats (T4 2026). Offres d'emploi, formulaire de candidature, mail d'accusé de réception : l'information sur les méthodes d'aide au recrutement doit y figurer noir sur blanc.
  5. Informez le CSE et formez les recruteurs (T4 2026 – S1 2027). Une session de sensibilisation documentée couvre à la fois l'article 4 de l'AI Act et vos obligations sociales.
  6. Exigez la documentation de vos fournisseurs (2027). Notice d'utilisation, description de la supervision humaine attendue, journalisation, hébergement, DPA : ce sont des critères de choix, pas des options.

Le rôle de votre ATS dans la conformité

Une grande partie de ces obligations se joue dans l'outil. Un ATS bien paramétré vous fait gagner l'essentiel du travail de conformité ; un outil opaque vous laisse assumer seul le risque. Chez Inasoft, GestMax, AD-Men et SimplyJobs ont été conçus dans cette logique :

  • hébergement des données en France, sur des serveurs maîtrisés ;
  • aide à la décision explicite : l'outil priorise et documente, le recruteur décide ;
  • journal d'audit complet — qui a consulté quelle candidature, quand, et sur quel critère ;
  • gestion automatisée des durées de conservation et des demandes candidats ;
  • filtrage anonyme paramétrable pour limiter les biais en présélection ;
  • DPA conforme et documentation technique disponible pour vos audits.

Si vous êtes en train de comparer des solutions, notre guide « Quel ATS choisir pour une PME en 2026 » détaille les critères à passer en revue — la conformité en fait désormais partie au même titre que le prix ou l'ergonomie.

FAQ : AI Act et recrutement

Le report au 2 décembre 2027 s'applique-t-il à toutes mes obligations ?

Non. Il ne vise que les systèmes d'IA à haut risque de l'annexe III, dont le recrutement. Les pratiques interdites, les obligations de transparence, les exigences de compétences en IA, le RGPD et le Code du travail restent applicables selon leur propre calendrier.

Utiliser un ATS avec du matching automatique me place-t-il en « haut risque » ?

Si l'outil analyse, filtre ou classe des candidatures pour orienter une décision de recrutement, oui : il relève du point 4 de l'annexe III. Vous en êtes le déployeur, pas le fournisseur : vos obligations portent sur l'usage, la supervision humaine, l'information et la traçabilité.

Puis-je rejeter automatiquement une candidature grâce à l'IA ?

C'est à éviter. L'article 22 du RGPD encadre strictement les décisions entièrement automatisées produisant des effets significatifs. L'IA peut scorer et prioriser ; la décision d'écarter doit rester humaine, tracée et explicable.

L'analyse des émotions en entretien vidéo est-elle vraiment interdite ?

Oui. L'article 5 §1 (f) interdit les systèmes d'IA destinés à déduire les émotions d'une personne sur le lieu de travail, sauf pour des raisons médicales ou de sécurité. Cette interdiction est en vigueur depuis le 2 février 2025 et n'a pas été reportée. Elle couvre l'analyse des micro-expressions, du ton de la voix ou du langage corporel d'un candidat.

Dois-je informer le CSE avant de déployer un outil de tri par IA ?

Oui. L'article L2312-38 du Code du travail impose d'informer le CSE préalablement à l'utilisation de toute méthode ou technique d'aide au recrutement, ainsi qu'à chaque modification. Cette obligation existe indépendamment de l'AI Act.

Une PME de 30 salariés est-elle concernée ?

Oui, dès lors qu'elle utilise un outil d'IA pour analyser des candidatures. Le règlement prévoit des mesures d'allègement pour les PME (documentation simplifiée, accès prioritaire aux bacs à sable réglementaires), mais pas d'exemption de principe. Les obligations de transparence et d'information du candidat, elles, ne dépendent d'aucun seuil d'effectif.

Qui contrôle l'application de l'AI Act en France ?

La désignation complète des autorités nationales est encore en cours de finalisation. La CNIL a déjà annoncé que sa campagne de contrôles 2026 sur le recrutement préfigure son futur rôle de surveillance du marché pour les usages de l'IA en matière d'emploi. Dans les faits, c'est elle qu'un service RH verra arriver en premier.

Que dois-je exiger de mon éditeur de logiciel ?

La notice d'utilisation du système, la description des mesures de supervision humaine prévues, les modalités de journalisation, le lieu d'hébergement des données, le DPA et la documentation technique nécessaire à vos propres analyses d'impact. Un éditeur qui ne peut pas fournir ces éléments vous transfère son risque.

En résumé

Le Digital Omnibus vous offre seize mois de plus pour construire une conformité solide , pas seize mois pour ne rien faire.

Les entreprises qui traiteront le sujet en 2026 le feront calmement, dans le cadre d'un choix d'outil et d'une mise à jour de process.

Celles qui attendront l'automne 2027 le feront dans l'urgence, sous contrainte, et probablement après un premier contrôle.

La différence entre les deux tient en une chose : la maîtrise de vos outils.

Vous voulez recruter avec l'IA sans prendre de risque juridique ?

  • Nos ATS GestMax, AD-Men et SimplyJobs sont hébergés en France, tracent chaque action et gardent la décision entre les mains de vos recruteurs.
  • Demandez une démonstration : www.inasoft.fr/solution-de-recrutement/

 

Sources et références

Sylvain

Sylvain

Responsable Communication et Marketing Inasoft